Avant le départ,
petit détour par l’ambassade de France pour nous déclarer. Mal nous en a pris, la femme qui nous reçoit nous demande
ce que nous faisons là alors que le ministère des affaires étrangères
recommande de ne pas venir en Iran précisément durant cette période. Comment ce
fait il que nous n’ayions pas annulé notre voyage ? Après cet accueil tout
en tact qui contribue à remettre en vibration la petite réserve parentale,
nourrie de la seule image qu’on nous donne de l’Iran depuis toujours, subie et
contredite par notre courte et intense expérience locale, la préposée de
l’ambassade nous dit qu’il serait mieux de repartir avant le 14, date de
l’élection présidentielle. Les enfants laissent glisser sur leur jeunesse et
confiance en leurs parents ce discours alarmiste et nous rejoignons la gare
routière, pour les adultes un pincement interne malvenu mais contenu et non
exprimé pour filer vers Kashan plus au sud, proche du grand désert, le
Dash-e-kavir.
Nous y parvenons en début de soirée, un vent chaud nous surprend
à la descente du car. Nous découvrons un hôtel magnifique, demeure ancienne de
la ville au centre de laquelle se trouve un jardin persan. Des grenadiers, un
bassin central avec jets d’eau (et parfois des pastèques immergées au frais),
des petites terrasses-banquettes avec coussins sur tapis disposées sous une
tonnelle. Il y fait tout de même chaud mais la fraîcheur combinée de l’eau et
des arbres est réellement
perceptible. Le bazar, lieu devenu incontournable, est assez tranquille et nous
y découvrons un ancien caravansérail absolument génial, tout y est beau, la
lumière du jour qui descend directement d’un puits de lumière, large, au sommet
du dôme, les marchandises exposées, l’agencement des volumes, les proportions,
le bassin central, la forme des arcades des deux étages. Retour le soir dans ce même bazar pour aller prendre un thé dans un autre
ancien caravenserail reconverti en tea house. Encore un endroit confortable et
super bea avec un bassin au centre et un petit jet d’eau. Nous y rencontrons
Amir, étudiant en littérature anglaise et française. Il nous invite chez lui le
lendemain, à Aran, tout près de Kashan.
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Plafond du caravansérail du bazar |
Visite des
maisons historiques de Kashan, éparpillées dans la vieille ville. Il fait 800
degrés et les ruelles sont désertes. Les maisons datent du XVIII ème siècle et sont incroyables. Plusieurs cours, des jardins avec bassins et
fontaines, des décorations avec plein de miroirs en mosaiques et des plafonds
en stuc plus beaux les uns que les autres. Les enfants jouent en courant de
salles en salles.
Visite aussi d’un ancien hammam recouvert de carreaux bleus et verts, super beau.
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Hammam |
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Le lendemain
visite d'un village, à 1 heure de Kashan. Nous traversons une zone très
désertique avec des cailloux, des roches. L’endroit est aussi truffé de
militaires avec des barbelés, des miradors, des tanks et des batteries anti
avions au sol fixées vers le ciel comme de antennes de gros insectes. Apparemment
ces militaires protègent des sites d’extraction d’uranium.
Abyaneh est dans
une oasis au pied des montagnes. Joli village en pisé marron rouge. Ruelles
escarpées, canaux qui courent sur leur côté et des plantations en contrebas.
Les hommes portent des pantalons noirs légers larges, qu’on dirait faits de
crépon brillant. Nous nous baladons pendant 2 heures, il fait très chaud au
soleil mais à l’ombre sommes pas mal (Phanie et Louna ont tout de même toujours
le triste inconvénient d’avoir des manches longues et un foulard sur la tête).
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Abyaneh |
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Abyaneh |
Retour
directement à Aran où nous sommes accueillis par la famille d’Amir. Nous
croisons sur le chemin un chacal qui bondit de nulle part vers nulle part dans
le désert, efflanqué, les oreilles battantes, impressionnant de vélocité et
souplesse. Reçus en grande pompes par les parents, Amir, sa sœur de 13
ans, une voisine puis arrivent plus tard
les parents de la dernière. Nous mangeons sur le sol couvert de tapis comme il
se doit, couleur crème. La nappe en plastique a été posée puis super repas avec
éléments classiques riz, tomates cuites au four et aussi de la viande (de
l’autruche), bols d’herbes-feuilles de salades en tout genre. La boisson, que
l’on voit partout en iran, est un liquide lacté genre yaourt dilué, un peu
comme l’ayran turc mais moins salé et moins dense. Jade ne le boit pas, Louna a
du mal, pour les autres ça passe. C’est vraiment bon et le repas sympa. Louna
disparait rapidement avec les deux filles de sont âge qui lui apprennet un peu
de farsi contre français, Jade et Maolann suivent et disparaissent à
leur tour dans une chambre. Nous restons sur les grands fauteuils, Phanie côté
femmes et moi côté mecs, à boire du thé, manger des fruits. Nous restons finalement jusque tard en début de soirée car on
ne s’en va pas comme ça. Je fais une consultation dermatologique pour l'une des filles Le chauffeur de taxi qui finit par venir nous chercher me
montre aussi sa peau. Nous passons par chez lui pour que
je voie les pommades déjà essayées. Sa femme nous apporte des verres de
grenadine, que nous buvons dans la voiture, refusant poliment de franchir le
seuil de leur maison pour ne pas repartir pour quelques heures assis sur un
tapis. Les explications de traitement sur le capot du taxi avec mon
dictionnaire anglais-perse, au milieu d’un quartier du bout du monde sont folkloriques.
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Mosquée Aghâ Bozorg |