dimanche 7 juillet 2013

Ispahan, ville chérie


Esfahan enchante. Les safavides sont nos amis et le shah Abbas 1er tout particulièrement. Il a fait de la ville sa capitale vers la fin du 16ème siècle et fait construire des merveilles. La place centrale (square Naghsh-e Jahan) est immense, fermée par une enceinte à deux étages, aux ouvertures en ogive. Au centre de la place un très grand bassin avec jets d’eau, pelouses, arbres et allées. On retrouvera plusieurs jardins ombragés avec canaux, bassins, jets d’eau et pavillons-palais dans plusieurs endroits de la ville; des oasis de fraîcheur dont nous caressons le faste de cette splendeur persane passée.




La place nous aguiche et nous envoûte avec cette ambiance extraordinaire, variable selon l’heure du jour, du crépuscule ou de la nuit. Des galeries marchandes sont disposées sous les arcades de l’enceinte et occupées par des marchands de tapis, des magasins de souvenirs artisanaux et plutôt jolis, de nougat iranien (gaz) et des artisans devant les ateliers desquels nous nous arrêtons régulièrement. Le bazar débouche au milieu d’un des petits côtés de la place rectangulaire, annoncé par un grand portail. Il est aussi accessible par les arcades. Sur le mur opposé de l’enceinte, la mosquée Masjed-e Shāh est fascinante. Nous pouvons en voir de la place l’immense portail aligné sur le mur d’enceinte, couvert de mosaïques bleutées, prolongé par deux minarets. Derrière, nous apercevons deux autres minarets dont l’axe est décalé de façon à orienter la salle de prière vers la Mecque.



Finalement, le palais Ali Qapu, ancienne demeure d’Abbas construit au milieu d’un des deux grands côtés de l’enceinte, est ouvert. Maolann et Jade préfèrent rester au bord un bassin au centre de la place pour s’y baigner comme le font déjà quelques enfants.   Les voir du haut de la terrasse, qui surplombe l’immense place, se mettre en caleçon pour l’un, torse nu et pantalon, puis après s’être ravisée chemisette et pantalon pour l’autre, puis plonger dans l’eau limpide de ce sublime endroit nous laisse dans une certaine extase de fierté parentale. Louna, déja trop grande trempe ses pieds au bord de l’eau. Le palais se laisse visiter dans la torpeur de l’après-midi, avec cette magistrale terrasse dont le plafond est repoussé très haut par des piliers en bois. Quelques peintures murales de l’époque Qajar (18 ème) et au dernier étage , une salle de musique très particulière les murs étant doublés d’une structure en stuc perforée selon des formes de carafe à long cou , ceci pour donner au lieu l’acoustique adéquate.


Reste le quatrième mur de l’enceinte, en face du palais. Surmontée d’une coupole de mosaïque crème, l’entrée majestueuse de la mosquée du Sheikh Lotfall ferme la boucle. Le dôme, couleur crème, a des couleurs changeantes selon l’endroit et le moment où l’on se trouve. Un corridor nous mène dans l’obscurité progressive vers une pièce unique, très haute, sous le dôme. Les mosaïques recouvrent la totalité des cloisons jusqu’au sommet du plafond arrondi, des ouvertures brodées dans la pierre filtrent une lumière qui projette sur les murs les formes ciselées et mouvantes des fenêtres et remplit le lieu d’une clarté tamisée. Le temps étire ici une volupté qui nous recouvre.
 Nous passons, repassons par la place centrale et aussi le bazar et puis ces jardins rafraîchissants.




Nous finissons notre séjour par une promenade le long de la rivière qui traverse la ville. Un taxi nous dépose près d’un pont safavide, sobre et nous marchons quelques kilomètres sur le bord de l’eau. Le crépuscule envahit tranquillement notre univers, le ciel blanchit, laisse ensuite les teintes orangées éphémères pour se parer d’un noir très étoilé. Une femme, tout en noir et sourire vient discuter avec nous. Malgré son insistance nous déclinons son invitation à nous rendre chez elle, nous devons prendre un car en fin de soirée pour partir vers Shiraz. Nous atteignons bientôt un deuxième pont (Khaju), époque Qajar pour celui ci. Les berges se remplissent peu à peu, les nattes sont posées au sol, les victuailles sorties, parfois les bouteilles de gaz-réchauds. Il fait incroyablement doux et l’ambiance nous transporte littéralement, la fatigue de la marche disparaît, même chez Jade. Le pont est éclairé, comporte deux étages avec des ouvertures en arche multiples. Il descend jusqu’au niveau de l’eau qui se glisse en dessous pour en sortir en pente douce entre des petits prolongements horizontaux comme posés sur l’eau (on appelle ça des brise-flots). Des escaliers descendent vers la surface du cours d’eau. Ils sont nombreux assis là à profiter de la douceur de l’air. Certains chantent sous les arcades. Des cercles de feu s’allument ça et là sur les berges. Ce sont les braises des narghilés que les fumeurs attisent en les faisant tournoyer dans un petit panier métallique accroché au bout d’un lacet.  Nous finissons par acheter des sandwichs et pique-niquer au milieu de cette ambiance bienfaitrice. Maolann et Jade continuent de courir en slalomant entre les arbres.

Un taxi nous emmène ensuite vers le terminal après un détour par l’hôtel pour récupérer nos sacs. Nous attendons 1 heure avant d’embarquer dans notre bus VIP avec sièges larges, qui s’inclinent bien avec même un reposoir intégré pour les pieds. La nuit sera bonne bien qu’un peu courte. Nous quittons Esfahan, avec grands regrets, il est minuit et demi.
Vieille mosquée

Vieille mosquée

Vieille mosquée

Petit café près du square

Les sauterelles du désert


Après pas mal de temps de taxi, nous voilà arrivés à notre but. Le principe était simple, on devait partir de Kashan en taxi, aller voir un lac salé desséché, planter une tente a coté d’un caravansérail et le lendemain, aller dans les dunes de sable.
Nous étions donc arrivés dans le caravansérail. Je l’imaginais avec une sorte de petit camping avec quelques tentes du genre yourtes ou quelque chose du genre. On arrive et là, on trouve un petit caravansérail avec autour une marre et un petit ruisseau dégueu. Aucune trace de tente et encore moins de personne autre que le personnel de l’hôtel (car le caravansérail avait été transformé en hôtel).


Là, tout de suite on s’est dit que c’était un plan pourri et qu’on ne pouvait pas planter une toute petite tente (quand elle est fermée on calculait une 2 places) sur le béton qu’il y avait autour du caravansérail!
Bref on s’est arrangé et on a eu une chambre dans l’hôtel. Tout content on trempe nos pied dans l’eau et on décharge les bagages. Mais la surprise n’est pas finie, Une fois entrés dans la chambre, nous avons eu un fou rire : La « chambre » si on peut appeler ça comme ça était en fait une salle avec des tapis. C’est tout. Non, les gens nous ont apporté les oreillers et des couvertures.
On s’est dit que c’était seulement une nuit et  que c‘était marrant.
Puis 9 heures du soir arrivent. Et c’est à cette heure là que les gens arrivent et commencent à installer leurs tentes, à préparer leur feu et à se mettrent en bandes et à discuter. 
On a commencé a se dire : » Pourquoi on est des chieurs comme ça ! Pourquoi on a dit non pour la tente !! »
C’était une trop bonne ambiance les gens discutaient, rigolaient !
Heureusement nous avons rencontré un français qui lui fait un périple comme le notre mais avec son camping car. Il était accompagné d’un guide qui s’occupait de lui.
Le français s’appelait Marcel. Il a été invité par un groupe à venir boire le thé autour  d’un feu et lui même nous a invités à les rejoindre. C’était trop bien, on était en rond, assis, on se servait le thé, on se faisait passer des graines de marguerites, des morceaux de pommes, de pêches, tout en rigolant. Bref trop cool. A un moment un des monsieur (il n’y avait aucune femme) commence à jouer un instrument, puis un autre, puis tout le monde s’est mis a chanter. C’était super sympa !!
Vient le moment où on se couche et où il faut aller au toilette. Les toilettes sont derrière le caravansérail. Pour y aller il y a un petit sentier éclairé tout  mignon mais le seul problème, C’ETAIT LES SAUTERELLES !!!!!!  Elles sont énormes et elles sautent dans tous les sens. Elles sont par dizaines toutes regroupées autour les flots de lumière, elles font trop trop trop peur !!!!


U

mercredi 3 juillet 2013

Du sable, du sel, et le soleil blanc

Nous partons en début d’après midi: premier arrêt à Aran pour visiter un holy shrine. Difficile de trouver la définition précise de ce lieu. Disons qu’il ressemble à une mosquée mais pas de mirhab ni minbar. On vient y adorer un proche d’un personnage important d l’islam (pour les chiites du moins) enterré là, genre le frère d’un des 12 imams qui ont succédé à Mahomet. On y trouve dedans une cage dorée, une stèle. Tout brille dans une teneur globale très kitch.  Bien évidemment, nous ne savons toujours pas très bien comment nous positionner, pouvons prendre des photographies mais avec l’impression permanente d’être en infraction.


 Phanie et louna doivent se couvrir d’un chador, donc de la tête au pieds, en plus de leur foulard. Le holy Shrine est tout en mosaïques de teintes vertes. J’aime bien, Phanie moins.
Visite ensuit d’une ville souterraine qui a servi aux habitants de se protéger des assaillants il y a 1500 ans, en particulier des ouzbecs. Le réseau souterrain comprend 4 km de galeries, sur 3 étages. Nous n’avons accès qu’à 200 mètres de galeries et la visite, guidée à posteriori à notre demande, est sans intérêt.
Nous partons alors vers le désert. Il fait toujours très chaud (jusqu’à paraît-il 46 degrés). Arrêt pour aller voir de près des dromadaires, une douzaine en groupe. Ces bestioles sont quand mêmes comiques avec leurs grosses lèvres, leur long cou et leur pelage en loques qui ressemble à une perruque mal ajustée.

Nous nous arrêtons ensuite sur un immense lac de sel (il en existe plusieurs en Iran). Paysage lunaire impressionnant, dans la lumière blanche du soleil. Le sol n’est pas tout à fait sec mais craque sous nos pieds. Phanie et les enfants font une chorégraphie comique.



Nous parvenons en fin d’après-midi au caravansérail, but de la balade. Moment magique: Louna vous en parlera.
Lever très précoce le lendemain matin pour aller dans une partie de désert de sable. Nous arpentons les dunes pieds nus, du vrai plaisir pendant 1 heure et demie.N ous repartons vers Aran après un dernier arrêt pour aller retrouver quelques chameaux et leurs petits (des chalumeaux ?).





Nous regagnons l’hotel quitté la veille où nous avions laissé nos sacs. Après un tour dans un jardin (fin garden) typique perse, dont le grandintérêt a été de pouvoir tremper nos pieds dans les canaux, nous refusons poliment l’invitation du chauffeur de taxi, qui nous emmène vers le terminal de bus, à diner et dormir chez lui. Nous attendons une bonne heure avant de prendre un bus pour Esfahan à 3 ou 4 heures de là.

mardi 2 juillet 2013

Kashan, la ville de l'eau de rose


Avant le départ, petit détour par l’ambassade de France pour nous déclarer. Mal nous en a pris, la femme qui nous reçoit nous demande ce que nous faisons là alors que le ministère des affaires étrangères recommande de ne pas venir en Iran précisément durant cette période. Comment ce fait il que nous n’ayions pas annulé notre voyage ? Après cet accueil tout en tact qui contribue à remettre en vibration la petite réserve parentale, nourrie de la seule image qu’on nous donne de l’Iran depuis toujours, subie et contredite par notre courte et intense expérience locale, la préposée de l’ambassade nous dit qu’il serait mieux de repartir avant le 14, date de l’élection présidentielle. Les enfants laissent glisser sur leur jeunesse et confiance en leurs parents ce discours alarmiste et nous rejoignons la gare routière, pour les adultes un pincement interne malvenu mais contenu et non exprimé pour filer vers Kashan plus au sud, proche du grand désert, le Dash-e-kavir. 
Nous y parvenons en début de soirée, un vent chaud nous surprend à la descente du car. Nous découvrons un hôtel magnifique, demeure ancienne de la ville au centre de laquelle se trouve un jardin persan. Des grenadiers, un bassin central avec jets d’eau (et parfois des pastèques immergées au frais), des petites terrasses-banquettes avec coussins sur tapis disposées sous une tonnelle. Il y fait tout de même chaud mais la fraîcheur combinée de l’eau et des arbres est  réellement perceptible. Le bazar, lieu devenu incontournable, est assez tranquille et nous y découvrons un ancien caravansérail absolument génial, tout y est beau, la lumière du jour qui descend directement d’un puits de lumière, large, au sommet du dôme, les marchandises exposées, l’agencement des volumes, les proportions, le bassin central, la forme des arcades des deux étages. Retour le soir dans ce même bazar pour aller prendre un thé dans un autre ancien caravenserail reconverti en tea house. Encore un endroit confortable et super bea avec un bassin au centre et un petit jet d’eau. Nous y rencontrons Amir, étudiant en littérature anglaise et française. Il nous invite chez lui le lendemain, à Aran, tout près de Kashan.
Plafond du caravansérail du bazar
Visite des maisons historiques de Kashan, éparpillées dans la vieille ville. Il fait 800 degrés et les ruelles sont désertes.  Les maisons datent du XVIII ème siècle et sont incroyables. Plusieurs cours, des jardins avec bassins et fontaines, des décorations avec plein de miroirs en mosaiques et des plafonds en stuc plus beaux les uns que les autres. Les enfants jouent en courant de salles en salles.





 Visite aussi d’un ancien hammam recouvert de carreaux bleus et verts, super beau.
Hammam

Hammam
Le lendemain visite d'un village, à 1 heure de Kashan. Nous traversons une zone très désertique avec des cailloux, des roches. L’endroit est aussi truffé de militaires avec des barbelés, des miradors, des tanks et des batteries anti avions au sol fixées vers le ciel comme de antennes de gros insectes. Apparemment ces militaires protègent des sites d’extraction d’uranium.
Abyaneh est dans une oasis au pied des montagnes. Joli village en pisé marron rouge. Ruelles escarpées, canaux qui courent sur leur côté et des plantations en contrebas. Les hommes portent des pantalons noirs légers larges, qu’on dirait faits de crépon brillant. Nous nous baladons pendant 2 heures, il fait très chaud au soleil mais à l’ombre sommes pas mal (Phanie et Louna ont tout de même toujours le triste inconvénient d’avoir des manches longues et un foulard sur la tête).

Abyaneh

Abyaneh
Retour directement à Aran où nous sommes accueillis par la famille d’Amir. Nous croisons sur le chemin un chacal qui bondit de nulle part vers nulle part dans le désert, efflanqué, les oreilles battantes, impressionnant de vélocité et souplesse. Reçus en grande pompes par les parents, Amir, sa sœur de 13 ans, une voisine puis arrivent plus tard les parents de la dernière. Nous mangeons sur le sol couvert de tapis comme il se doit, couleur crème. La nappe en plastique a été posée puis super repas avec éléments classiques riz, tomates cuites au four et aussi de la viande (de l’autruche), bols d’herbes-feuilles de salades en tout genre. La boisson, que l’on voit partout en iran, est un liquide lacté genre yaourt dilué, un peu comme l’ayran turc mais moins salé et moins dense. Jade ne le boit pas, Louna a du mal, pour les autres ça passe. C’est vraiment bon et le repas sympa. Louna disparait rapidement avec les deux filles de sont âge qui lui apprennet un peu de farsi contre français, Jade et Maolann suivent et disparaissent à leur tour dans une chambre. Nous restons sur les grands fauteuils, Phanie côté femmes et moi côté mecs, à boire du thé, manger des fruits. Nous restons finalement jusque tard en début de soirée car on ne s’en va pas comme ça. Je fais une consultation dermatologique pour l'une des filles Le chauffeur de taxi qui finit par venir nous chercher me montre aussi sa peau. Nous passons par chez lui pour que je voie les pommades déjà essayées. Sa femme nous apporte des verres de grenadine, que nous buvons dans la voiture, refusant poliment de franchir le seuil de leur maison pour ne pas repartir pour quelques heures assis sur un tapis. Les explications de traitement sur le capot du taxi avec mon dictionnaire anglais-perse, au milieu d’un quartier du bout du monde sont folkloriques.

Mosquée Aghâ Bozorg

L’épreuve du visa Turkmène


Dans la série chacun dans ses frontières et tout ira mieux, j’ai nommé le Turkménistan. Ce pays, dirigé par un très gentil garçon, n’est pas tout à fait fermé puisqu’il délivre (paraît il, restons méfiants) des visas et en particulier des visas de transit de 5 jours, qui permettent de le traverser sans s’y attarder. Le but est d’avoir l’autorisation de rejoindre l’Ouzbékistan via le Turkménistan. Pour cela, il faut être en possession d’un visa pour l’Ouzbékistan, c’est fait depuis quelques semaines à Paris, des photocopies du passeport, facile, des photocopies du visa ouzbèque, c’est fait, des photos d’identité bad-face, we have, un formulaire à remplir, nous n’avons pas, une feuille blanche pour écrire à la main que nous voulons un visa, de transit avec lieux d’entrée et sortie, nous avons.
Première contrainte, s’assurer des jours et des heures d’ouverture. Facile, c’est le dimanche de 9 heures à 11 heures, le lundi et le jeudi aux mêmes heures.
Deuxième étape, se lever un peu tôt pour arriver à l’ouverture. Nous ne sommes pas mauvais, juste un quart d’heure de retard sur l’heure prévue.
Troisième épreuve, affronter les bouchons de Téhéran. Ici c’est touche-touche à toutes les heures, le métro existe bien mais les stations sont rares (il n’y a que 3 lignes pour 15 millions d’habitants). Nous prenons donc le taxi qui met un temps fou à rejoindre l’ambassade turkmène, les difficultés pour trouver la rue prolongeant l’interminable parcours. Nous arrivons à 9 heures et demie en ce dimanche, premier jour de la semaine. Pas de problème, l’ouverture est à 9 heures 30 et non pas 9 heures et, l’ouverture réelle ne se fera quant à elle qu’à 9 heures 45.
Situation suivante : identifier l’entrée de l’ambassade : fastoche, il s’agit d’une ouverture carrée, de 50 cm de côté, à 1 mètre 40 du sol, barrée par un volet de bois qui la découvre parfois permettant d’avoir accès à un interlocuteur relativement invisible, sinon sombre et impassible. Dehors, une vingtaine d’étudiants iraniens attendent, ils étaient déjà là à notre arrivée, et un homme, un turc, qui manifestement travaille pour l’ambassade (ce n’est pas évident d’emblée) ; il récupère les éléments du dossier à fournir dehors sur le rebord d’une fenêtre. Premier problème, la photocopie du visa ouzbèque doit être en couleur. Je fonce faire des photocopies avec Jade dans une petite boutique difficile à trouver malgré le petit plan écrit par l’un des étudiants, loin de l’ambassade (Jade court comme une championne, je transpire comme un goret). Deuxième problème, se procurer un formulaire de demande. Les étudiants sont collés sur la minuscule ouverture, nous finissons par avoir un formulaire mais pas plus, il faut photocopier les autres.  Je fonce trouver une photocopieuse, plus proche (le noir et blanc convient), l’heure tourne et l’angoisse de voir le volet de bois se refermer définitivement augmente quelque peu la production d’adrénaline. La chemisette est collante, le dos ruisselle, les enfants lisent comme des bienheureux (mais comment font ils pour rester si zen ?). Nous remplissons les formulaires (pas trop compliqué à deux, et même à quatre car les filles nous aident). Nous accédons enfin au fonctionnaire aimable comme deux douanières bulgares. Il demande que les photocopies du passeport soient aussi en couleur (le vérificateur des dossiers avait dit que les noir et blanc suffisaient). Quelques suées plus tard nous donnons le dossier, il est onze heures vingt et la minuscule lucarne est toujours entre ouverte. Le sympathique agent nous redonne le dossier, il faut réécrire la demande de visa sur une feuille A4 (nous avons été un peu négligeants à remplir notre demande sur un plus petit format). Il est 11 heures 30 nous avons enfin fait une demande de visa de transit.
Nous saurons si l’épreuve est réussie à Mashhad en quittant l’Iran au nord est près de la frontière avec le Turkménistan…pas de récépissé, juste l’espoir que cela fonctionne, nous y croyons.

lundi 1 juillet 2013

Téhéran, un si court instant

Pour rejoindre Téhéran, voyage en train, 1ère classe car il n’y avait plus d’autres places. Le tarif : 23 euros pour nous 5, il y a plus de 600 kilomètres. Les enfants jubilent de voir le thé, les petits gâteaux, le jus d'orange préparé pour chacun, les couchettes larges. Nous sommes contents de retrouver le chemin de fer et la langueur du voyage. Terres très sèches, montagnes arides, et toujours les moutons noirs en petits groupes avec un berger sous le soleil exactement. Dans mon compartiment  (pas de tirage au sort cette fois, je perds d'emblée) trois autres hommes dont un clérical. Très impressionnant, l’homme porte un turban blanc, une barbe courte, mesure tellement qu’il m’impressionne avec sa grande cape. Il est très sympathique même si aucun mot n’est échangé. A l’arrivée du train à Téhéran à 6 heures du matin, il m’attend avec ses acolytes sur la place de la gare pour me saluer. Discussion courte dans le couloir du train avec un jeune à qui je dis que je suis français. Il me répond qu’il sait et à la question de savoir comment il le sait il me répond « everybody knows »…Téhéran, ville immense de plus de 15 millions d’habitants. Nous ne prévoyons pas d’y rester, sauf le temps de demander le visa pour le Turkménistan et essayer de rencontrer les parents d'une copine iranienne. J’ai sa mère au téléphone pendant que nous visitons le Golestan palace (palais des fleurs) ancienne demeure des Shahs quasiment jusqu’à l’extinction de l’espèce à la révolution en 1979. Nous prenons rendez vous pour l’après midi dans le nord de la ville. Après un petit tour dans le palais, sympathique mais pas excessivement foudroyant, nous allons vers le bazar tout proche. Beaucoup de monde et un endroit où nous nous sentons bien. Jus de fruits frais (le melon, the best), pique nique dans un jardin puis tour dans le bazar. Deux étages, des gens partout mais on n’étouffe pas, nous somme toujours beaucoup regardés, famille de touristes comme on n’en voit manifestement pas souvent, et toujours autant de sourires bienveillants et de wellcome in Iran. 

Golestan Palace
Nous rejoignons ensuite la mère de notre amie. Elle nous reçoit dans une cafétaria. Elle est extrèmement touchante et nous raconte la révolution de 1979, voulue par beaucoup, le Shah étant un obscur despote, révolution récupérée par les religieux. Elle a été virée illico du ministère des affaires étrangères où elle travaillait. Avec son mari et ses deux filles elle s’est rendue en France, pour finalement rentrer au pays en laissant à sa sœur ses deux enfants d’une dizaine d’années. Le voile, les contraintes, l’envie de s’installer en France mais son mari, architecte, n’a pas voulu partir. Une vie cassée, la nostalgie, les regrets de n’être pas devenue française comme la plupart de ses amis. Une vie tapie, bridée et toujours une certaine peur au ventre. Extrèmement émouvante. Elle ne paraît pas terrifiée à l’idée que l’on reste dans ce pays pendant et après les élections, la situation est cadenassée par les autorités, les candidats sont déjà triés, le risque de protestations paraît minime. Elle espère qu’un changement arrivera un jour mais a peur que cela soit d’une grande violence et ne le souhaite pas. Elle paye le pot, nous indique une mosquée et un bazar à visiter un peu plus haut encore dans le nord de la ville et repart, après quelques étreintes éphémères, les yeux brillants. Cette vie tourmentée à fleur de peau est bouleversante.
Nous partons en bus pour rejoindre le pied de la montagne qui permet à Téhéran de n’être pas encore une fournaise. Discussion de Phanie dans le bus, côté femmes, avec une jeune iranienne qu a vécu 5 ans à Paris. Je discute côté hommes avec un jeune de Téhéran qui travaille au ministère de l’énergie et me laisse ses coordonnées pour le joindre en cas de problème en Iran. La mosquée est magnifique, couverte de céramiques d’un vert bleu et dorée par la lumière du soleil déclinant. Nous n’osons pas prendre de photos, c’est l’avertissement qui nous est revenu plusieurs fois aux oreilles. Si la moindre partie d’une photo comprend un bâtiment officiel (genre poste de police mais aussi gare ou tout immeuble  ou un personnage de l’Etat (disons pour simplifier un type en uniforme) vous êtes alors susceptible d’être interrogé. Alors pas de photo dans les lieux publics, juste des milliards d’images qui se bousculent agréablement dans nos têtes. Sur le côté de la mosquée le bazar, hyper mignon, plein d’odeurs d’herbes en tout genre, des ampoules allumées dans ce qui n’est encore pas la pénombre, des épices encore très odorantes. C’est très beau, des successions d’arches déroulent le plafond, nos pas nous mènent nulle part, tous nos sens sont en éveil, bienfaiteurs. Un thé dans un bel endroit comme nous en avons vus plusieurs depuis notre entrée en Iran, avec des banquettes couvertes de tapis, des fumeurs de chicha. Nous mangeons ensuite sur le terrasse d’un restaurant, en hauteur, au dessus d’un rond point où les voitures continuent de se faire des queues de poisson, les piétons du slalom, l’air est juste entre tiède et chaud. Retour en métro vers l’hôtel. A cette heure plus tardive il y a beaucoup moins de monde qu’en journée et plusieurs femmes sont assises du côté hommes sans que cela ne gêne personne. Car la religion d'état impose aussi la séparation des hommes et des femmes dans le bus ou le métro (pas dans les taxis collectifs...). La ségrégation dispose donc les femmes voilées à l'arrière des bus et des rames de métro, c'est terrifiant.
Programme pour demain administratif: demande du visa turkmène, signalement de notre présence  à l'ambassade de France, il parait que ça se fait, puis départ pour Kashan à 250 km plus au sud.
Golestan Palace

1979, révolution en Iran (photo archives prise à Yazd)
Khomeini prend le pouvoir (photo archives prise à Yazd)

dimanche 30 juin 2013

Tabriz, premiers pas

L’accueil dans l’hôtel n’est pas très chaleureux et on s'en veut d’avoir en continu cette petite pression. Nous sommes en Iran dont la seule notion dont on dispose est l’image renvoyée par tous les médias du monde, un pays d’extrémistes. Pourtant nous sommes venus ici car savons que la réalité du terrain n’est pas celle là mais c’est très difficile de se débarrasser du cliché qui colle à la peau du mot Iran. C’est la rue qui va faire le boulot. Les gens sont extraordinaires. Nous sommes regardés comme une attraction. Beaucoup de personnes viennent nous demander d’où nous venons et sourient en voyant les enfants. Plusieurs viennent nous souhaiter la bienvenue en Iran et  s’entretenir avec nous. Un étudiant en littérature française, accompagné d’un ami et de sa copine, nous dit à quel point il voudrait venir en France, à quel point les jeunes voudraient que la situation change ici mais ne savent pas comment faire (« ils nous bloquent »). Ils savent très bien l’image donnée de l’Iran à l’étranger. Désespéré aussi par le service militaire obligatoire de 18 à 20 ans (« ils nous prennent les 2 plus belles années de notre vie »). Nous faisons des photos et reprenons notre chemin vers la mosquée bleue. 

 L’intérieur est baigné des rayons du soleil et la lumière est magique. Nous y restons assez longtemps car nous y sommes bien, tous les 5. Rencontre avec un jeune ingénieur :il nous dit que 70% des jeunes ne croient pas en dieu et nous assure que dans 3 ans, "c’est un secret", il y a aura un printemps iranien. En sortant, nous croisons Mohammed, graphiste, avec qui nous discutons assez longtemps: nous finissons par aller diner avec lui chez sa soeur le soir même.
Le matin, nous avions eu beaucoup d’informations au point info touristes par Nasser. Il a vécu 10 ans en France et est enthousiaste. Il balaie nos craintes concernant les élection présidentielles du 14 juin en disant que le contexte n’est pas le même, que les touristes n’ont rien à craindre, que les iraniens ne sont pas des talibans. Il semble assez agacé de l’image que l’on renvoie de son pays et contribue un peu plus à notre apaisement interne déjà bien entamé par les rencontres multiples et visites du jour .  Il ajoute aussi, ce qui sera redit par d’autres (et contredit aussi), que Louna n’a pas besoin de foulard.
Visite du bazar couvert en deux fois. Des milliards de pistaches de tailles et variétés différentes, des odeurs incroyables et l’impression qu’il y a encore plus de trucs que dans les bazars turcs. Le batiment qui abrite le bazar est super beau, nous reviendrons regarder tout cela de près. Visite le sur lendemain, vendredi : C’est jour de prière et quasiment tout est fermé. Nous nous retrouvons genre Grosjean comme devant mais pas tout à fait car nous pouvons profiter du grand vide des allées pour mieux voir les puits de lumière tombés des toits aux arches multiples, en briques de petite taille. Nous pourrions nous perdre dans ce dédale  sans avoir peur du grosjean méchant loup.


Visite aussi d’un village (kandovan) à 15 km de Tabriz, genre Cappadoce miniature, qui ne laissera pas beaucoup de souvenirs ; quand on vient de Turquie on fait son craneur et on dit bof devant les pâles immitations de la Cappadoce encore bien gravée dans nos âmes misérables.

A 21 heures 30 Mohammed vient nous prendre en voiture à l’hôtel et nous nous rendons donc chez sa sœur. Nous arrivons dans un grand appartement, immense séjour recouvert de tapis, quelques fauteuils assez rococcos comme nous avons vus pas mal en vente dans Tabriz. La sœur de Mohammed, la soixantaine, son fils de 40 ans et sa femme, la femme de Mohammed nous accueillent comme si nous nous connaissions depuis 20 ans. Nous dinons à même le tapis moelleux sur une nappe en plastique fin à usage unique. Soupe de légumes et graines de barberries (rouges, sucrées, vendues en vrac avec les épices et fruits secs et incorporées fréquemment dans les plats iraniens) dont nous récupérons la recette, espèces de samosas puis pastèque, fraises, concombres (ici mangés comme fruits).  Les enfants se marrent avec les jumeaux de Mohammed de 9 ans et leur cousin du même âge. Super soirée où Phanie est invitée à enlever son foulard (ce que ne font pas les autres femmes). Nous buvons du thé à la cannelle. A minuit et demi Mohammed nous ramène à l’hôtel, après nous avoir offert un livre sur la ville de Tabriz. Nous sommes comblés la soirée a été heureuse à la fois pour nous et pour les enfants enchantés. Mohammed, qui voudrait tisser des liens entre tous les hommes, est assez ému. 

Le lendemain, thé dans d’anciens bains réaménagés, underground organisé autour d’une fontaine intérieure. En Iran, le thé est servi non sucré. Les gens prennent des morceaux de sucre entre les lèvres, jouent un peu avec puis boivent le thé qui vient se sucrer dans la bouche.
Un taxi nous emmène à la gare et au moment de le payer nous nous apercevons que ce n’est pas un taxi mais juste un mec qui nous rend service et refuse l’argent proposé….
Nous prenons le train de nuit jusqu’à Téhéran.

Frontière Arménie-Iran: le passage.


Lever matinal. Nous remplissons le coffre de la Lada, the voiture nationale arménienne que nous adopterions volontiers. Après à peine 10 km, le chauffeur nous désigne les montagnes en face de nous, c’est l’Iran. La route se poursuit encore un peu le long de la frontière. Une ligne de barbelés, une rivière rouge no man’s land, une autre ligne de barbelés et de l’autre côté l’Iran. Nous sommes dans un long couloir coincé au milieu des montagnes qui s’élèvent de part et d’autre. Le taxi nous laisse à la frontière. Nous marchons 500 mètres à pieds, sacs sur le dos. Nous sommes seuls. Passage arménien pour le tampon de sortie puis nous traversons le pont qui enjambe la rivière argileuse. Le moment est intense, l’appareil photo bien fourré au fond du sac.  Phanie et moi sommes un peu tendus, Maolann se fait rabrouer illico lorsqu’il se met à parler de Barack Obama, Jade commence à chouiner pour je ne sais quelle raison, ce qui a le dont d’aggraver un tantinet notre tension interne. Au milieu du pont, il fait chaud, très chaud déjà, Phanie et Louna se voilent puis nous atteignons le côté iranien. Longues vérifications des passeports, questions sur nos métiers, la taille des villes qui nous ont vu naitre…Ensuite un policier nous fait attendre encore une demi-heure pour poser sur nos passeports l’autorisation d’entrée. Une sangle du sac de Phanie se coince dans le tapis roulant où les sacs sont passés au scanner. La sangle sera finalement sacrifiée, l’homme qui vérifie le contenu des sacs sur son écran est très beau et souriant. Nous passons enfin. Après un passage au bureau de change, qui nous laisse des liasses de billets comme si nous avions commis un hold-up, nous reprenons un taxi pour Tabriz. Nous sommes en Iran, grand moment, les montagnes sont arides par endroits mais encore très vertes ailleurs avec des champs de coquelicots. Le chauffeur nous offre du thé tout en conduisant. Petite pause pour se ravitailler. près d'une pompe d'essence. Des camions pleins à ras bord de pastèques et de melons stationnent le long de la route. Tabriz est atteinte 200 kilomètres plus loin, l’hôtel est loin du centre. Nous avons rêvé ce moment et nous nous laissons maintenant confondre par la réalité.

En allant vers la frontière iranienne


Le lendemain nous rejoignons Goris dans le sud en taxi. Nous traversons les montagnes toujours aussi vertes, superbes, parfois enneigées (c’est marrant d’ailleurs de toucher la neige à cette époque et après avoir eu plus de 30 degrés la veille à Erevan). 

Les cigognes sont installées ici avec dans leurs nids des petits dont le nom m’échappe, appelons les des cigarillos. Arrêt à trois reprises pour visiter des monastères, très beau pour le deuxième (Noravank) perdu dans des canyons. Le premier (Khor Virap) se tient aux pieds du mont Ararat, Saint Grégoire après avoir passé 13 ans dans un cachot y aurait posé la première pierre de l’Eglise apostolique d’Arménie. 
Khor Virap
Khor Virap

Noravank

 
Noravank

 



Orages incroyables sur la route avec obscurité brutale et même grêle. Le chauffeur de taxi est d’une patience dingue et nous mène à bon port malgré des routes parfois très détériorées. Pour rejoindre le troisième monastère, que l’on visitera sans beaucoup de lumière car les nuages et la nuit se sont combinés pour ne nous laisser que peu de clarté, il a fallu (après plusieurs heures de route) descendre dans une vallée profonde pour remonter de l’autre côté en prenant une route cahotique. 
 


 


 N’ayant plus d’essence, le taxi est alors entré dans un village et là nous nous sommes sentis propulsés dans un monde inconnu. Les hommes seuls ou par groupes ont tous des têtes de tueurs, la terre des routes est détrempée et glissante, nous croisons un troupeau de moutons noirs qui surgit de nulle part, conduit par de enfants en bottes et en pull boueux. Le chauffeur de taxi tape à différentes portes du hameau, ses mocassins dans la boue, et finit par trouver la station service. Un homme, un œil vitreux, arrive avec un seau en plastique noir et remplit le réservoir avec l’essence de son jardin. Nous quittons l’endroit et je me dis que c’est ici qu’il faudrait un jour passer du temps. Arrivés tard le soir dans une guest house, nous sommes accueillis comme des pachas. L’endroit est joli et chaud. Nous partons manger dans un restaurant en ville et là, truc de dingue. La sale principale est animée, grande fête pour un anniversaire. Nous sommes en retrait mais plusieurs personnes viennent nous tirer par la manche pour nous faire rentrer. Ils sont environ 70 et nous voilà entrainés à danser, à manger et à boire de la vodka. Les gens nous applaudissent, nous planons complètement, Jade s’installe très vite dans la fête, Maolann suit, Phanie et moi aussi (vodka entrecoupée d’un fanta vert pomme ça déménage) et Louna pleure. Le son est trop fort, les gens insistants, c’est trop intense pour la Loulou après une longue journée de route sans déjeuner (il est 21 heures et nous sommes l’indignité parentale). Nous partons discrètement (pas évident) pour aller manger trois pâtes et 2 frites dans une pièce où nous sommes seuls, Jade pleure car nous avons quitté la fête.
Retour à la guest-House et super soirée à boire le vin arménien offert par la maison avec 2 polonais et 2 américains hyper sympas.
Le lendemain nous rejoignons Méghri, en franchissant 2 cols supplémentaires. Nous croisons de plus en plus de camions iraniens dont les fumées noires puepolluent à fond comme celles des camions arméniens. Nous allons passer la nuit à Méghri avant de traverser la frontière iranienne, roulements de tambour.