On s’y est
installé deux jours, aux côtés des cigognes.
Ephèse, vaste
terrain jonché de pierres vieilles et usées comme des semelles de pélerins,
parfois cependant encore vaillantes et soutenues pour se dresser sous formes de
colonnes, de fontaines, de bâtiments, de théâtres incroyables ou aussi de
maisons en terrasses immenses, murs peints et mosaïques en cours de rénovation.
Lonely planet
trop court pour nous raconter l’histoire, guide acheté sur place consternant,
dommage il manquait l’exaltation d’un texte ou d’un guide pour nous narrer la
vie des pierres et des hommes au cours de ces siècles accumulés.
Lézards à Selçuk
où les hommes jouent autour de tables carrées en bois, sirotent le thé dans les
verres sobres, immuables quelque soit la ville. Un sourire gracieux d’une
serveuse dans un petit restaurant en ville, le gérant de l’hôtel ancien
footballeur professionnel à Bursa (côte sud de la mer Marmara), une voiture
années 50 garée devant une mosquée, l’élimination de Fenerbahce en coupe
d’Europe par Benfica et la mou des turcs regardant le matchet consternés du faible niveau de leur
équipe fétiche, encore un jus d'orange frais, encore une photo d'Atatürk père fondateur de la Turquie après la fin de chute inexorable ottomane.
En route pour
Denizli, 3 heures de car on la touche presque en étirant un peu les doigts.
Départ
d’Istanbul pour Selçuk, en bus de notre quartier Besiktas pour la gare routière
10 km plus loin. On a 4 billets pour 5 ce qui nous fera un peu bouger au début
du voyage mais quasi très peu, on finit par avoir un siège chacun. Le car atteint rapidement la mer de Marmara pour
aller se poser sur un bac qui nous fait traverser l’étendue d’eau, comme un fer
à repasser sur desoie au ralenti.
C’est doux, la nuit est tombée, l’air est marin et nous sommes bien. Cette
courte traversée est une aubaine. Petits écrans (un par siège), tablettes, distribution
d’eau puis de boissons chaudes ou fraîches avec gâteaux. Pas de ceinture ni
masques à oxygène. Les informations montrent à quel point les manif du 1er
mai ont été violentes en bas de notre quartier avec canons à eu et surtout gaz
lacrymogènes lâchés sans réserve pour empêcher les manifestants de rejoindre la
place centrale (Taksim). On comprend mieux pourquoi des flots de manifestants
remontaient les rues, masques, foulards devant le visage, citron à la main,
nous conseillant vivement de ne pas descendre sur la place d'où nous prenons
quotidiennement le bus pour nos incartades stambouliotes Voyage en car haché
par les arrêts fréquents, lumière stroboscopique. Arrivée à Selçuk à 5 heures
du matin ! Grand momentde
rigolade familiale à se demander ce qu’on fout dans une gare routière en pleine
nuit, un tas de sacs à dos sur le parking, et pas une âme qui vivent encore (un
homme dort sur un bancs au milieu des échoppes). Un homme sort de nulle,part,
un verre de thé à la main, discute un brin en anglais et disparaît après nous
avoir montré l’endroit d’où vient sa boisson. Le village est là, on se sent bien
à commencer une journée aux aurores. Des hommes sortent le pain du four dans
une boulangerie, nous rejoignons un café ouvert pour y déguster nos pains
sucrés achetés avec un jus d’orange fraîchement pressé valeur refuge depuis
notre arrivée en Turquie.Nous
sommes bien, les paupières gonflées, les commissures des lèvres au zénith.
L’hôtel est juste là, il nous ouvre ses portes à 6 heures, le ciel a pris de pâles
couleurs bleutées, nous dormons finalement 2 heures avant d’aller visiter
Ephèse.
Istanbul, ville de mabouls. Ville
tentaculaire et envoutante.
Vue de notre appartement
Une semaine logés dans
l’appartement de Halil
et de sa famille (famille de Seval), un appart pour nous, au 6 ème étage
dans le
quartier de Besisktas, vue sur le Bosphore. Hallucinant…
Cette ville nous
a
happés, on aurait pu y rester des semaines et des semaines…
On y a fait
notre
nid, notre ville. Ca grouille, ça
klaxonne, ça fonce, ça bouchonne, ça brasse, ça muezzin des 4 coins de la
ville,
ou plutot des 7 collines…
On a marché vers la place Taksim et la très
européenne rue Istiklal,
on a goûté nos premiers loukoums et on s'est délectés de Kebab (des
vrais, pas ceux d’Aulnay sous Bois à la sauce 9.3)...
Sandwichs au poisson à Galata
On a goûté aux sandwichs au poisson sur le pont de
Galata.
On s’est perdus dans
les
ruelles autour de la tour Galata, on a déambulé dans les dédales du
grand
bazard.
Pas d'achat de souvenirs, à part des mini bricoles :notre voyage est long et le poids de nos sacs est compté! On gère nos frustrations, c'est bon!
On a admiré et dessiné devant tant de beautés dans la
mosquée Aya
Sophie
et on a failli pleurer dans la mosquée bleue, encore plus majestueuse et sobre.
On s'est dit que les mosquées sont des lieux mille fois plus
accueillants que nos
églises . On y joue, on y rit, on y danse, il y a de la lumière chaude,
des
gens qui sourient, des tapis doux sous nos pieds…
Bon, ok, il y a aussi ces
grandes
esplanades centrales réservées aux hommes et ces petits espaces
retranchés bien sombres pour
les femmes.
La mosquée bleue, vue des tulipes.
Sainte Sophie
Mosquée bleue
Avant ou après, on s'est promené dans le quartier de Sulthamamet,
quartier
chouette, et on a fini par rentrer dans le palais de Topkapi et ses céramiques
somptueuses
d’iznik, ses cours aux tulipes
flamboyantes.
Conférence sur le Harem: jade est sceptique
Sur les marches des appartements de la sultane validée
(mère du sultan) , on a tenté de comprendre la vie quotidienne du harem
de Murat III .
Marqueterie sur porte
céramique d'Iznik
Soliman, la magnifique
La mosquée de Suliman le magnifique construite par
Mimar
Sinan, grand architecte de l’époque (début XVI)…. On se pose dans les jardins, on dessine, on fait de la gym, on bouquine...
Ablutions des hommes, toujours les hommes
Près de l'église du Christ de Chora
On
s’est encore perdus en cherchant
l’église St Sauveur Hors les murs,
appelé christ de Chora ou encore karyé müsezi mais en tout cas, pas du
tout connue
des habitants du coin.
Cela nous a permis de traverser un quartier sans
doute
de gitans, bien loin du flot de touristes,maisons de bric et de brocs,
colorées,
vestustes et toutes jolies.
On a finalement trouvé ce petit bijou
d’église
byzantine convertie en mosquée (comme toutes les églises). Des mosaiques
de
dingues, du XIII et XIV siècle, un rêve tout doré et coloré.
On
est allé diner chez la
famille de Halil (cousin de notre copine Seval d'Aulnay) dans la banlieue
d'Istanbul.
Soirée super chaleureuse, on
échange, on parle politique,
culture, foot grâce au très bon français de Halil et de sa soeur Gödzne qui
traduisent. Les parents sont adorables...La grand mère a un regard d'une douceur extrême,
de bienveillance. Au delà des mots qu'on ne comprend pas... Tout ce
monde là est tellement accueillant...
Et puis il y a tout ce qu'on a pas vu,
notamment
Modern Istanbul et Dolmobahce qui devait être notre programme du 1er
mai, MAIS :
manif générale! Tout notre quartier est bloqué et encerclé par les
CRS qui
gazent à mort, et tout le monde nous fait bien comprendre qu’il n’est
pas
pensable de descendre par là bas. Erdogan n’est pas appréçié de
tout le monde, loin s'en faut. D’après Halil et sa
famille, son objectif est
d’islamiser la Turquie et de la rapprocher du monde oriental plutôt
que du monde européen.
Dernière journée à istanbul, donc: balade tranquille
vers
Ortakoy et petite promenade sur le
Bosphore avant de dire adieu à notre appart chéri et quitter Istanbul.
On y reviendra, c’est déjà sûr.
Jade adore rentrer dans les mosquées pour "se voiler et être tout en pieds nus"
On
raconte les étapes, les villes-étapes pourtant les tronçons ferrés les reliant
sont le corps de ce début de voyage. Un train parti de gare de l’est, gare pour
le grand far-est, des couchettes et déjà on est ailleurs. Excitation de faire
son lit chacun, dispute pour savoir qui dormira en haut et puis les yeux qui se
ferment à demi, bercés par le rythme qui pèse sur les paupières pour finir de
les fermer tout à fait à une heure précoce. L’arrivée à la pointe du jour, les
cheveux en vrac et la mine défaite, une déambulation au radar dans la gare de
Münich à chercher des consignes, à réserver le train du soir pour Vienne, à
lire de l’allemand, l’entendre et se laisser bercer à contre-temps au milieu
d’un flot de voyageurs qui filent.
Le
trajet Budapest-Bucarest dure, s’étire au rythme du cliquetis régulier parfois,
cacophonique souvent, de la bête de métal qui hurle continuellement en
freinages crissants quelle que soit la vitesse, disons lentesse plutôt. Torpeur
métallique bienvenue pour des yeux curieux de tout. Passage de frontière
nocturne, accueil toujours aussi romantique de ces uniformes pour un
contrôle-passeports (cette chaleur pour vérifier que nous sommes bien nous me
touche). Nous sommes en Roumanie, c’est écrit sur le panneau lumineux du quai
où le train stationne 3/4 d’heures. Les oiseaux ont envahi cette gare perdue au
milieu de nulle part et chantent en tirs croisés. Réveil très matinal la
campagne attirant mon regard, le reste de la tribu est engoncé dans la couette
molletonnée fournie par la compagnie roumaine de transport ferroviaire. Les
villages se succèdent, on les touche presque du doigt, carrioles tirées par des
chevaux, tracteurs vieillots, hommes et femmes, fichus sur la tête, donnent le
relief à ces terres cultivées
immenses. Plaines étagées dans la brume matinale, une cigogne sur un toit puis
une autre dans son nid. Le train est lent On traverse la Transylvanie qui nous
invite à une visite de l’intérieur une autre fois, choix de ne l’avoir pas
prévu, embryon de frustration. Les Carpates enneigées, les tulipes, les pies
roumaines (piaillent elles le roumain ou bien ?), les files de voitures et
carrioles aux passages à niveau puis vient Bucarest, il est midi la place de la
gare n’est pas jolie les gens non plus (la beauté serait donc bien un luxe pour
fortunés).
Enfin,
le Bucarest Istanbul, un tortillard de 6 wagons annoncé pour Sofia. On perdra 2
wagons en route qui iront bien vers la capitale bulgare pour finir la route
comme un petit train de campagne. Trains grande lenteur, omnibus avec
omniarrêts mégalongs, on connaît l’heure d’arrivée alors c’est tout ce qui
compte (le train arrivera d’ailleurs à l’heure prévue). A chaque arrê en gare,
les hommes au marteau au long manche viennent taper sous le ventre des voitures
pour vérifier que ça sonne bien. Rituel renouvelé à chaque arrêt. Notre wagon
est vide, nous avons négocié les couchettes avec son responsable turc adorable,
chacun la sienne, les 2 plus jeunes enfants ne payent pas sur proposition du
chef de voiture. Il faudra pour le coup négocier un peu pour obtenir une 4ème
paire de draps et couverture (pour le 5ème tant pis). Nous
passons la frontière bulgare en retrouvant le Danube qu’on enjambe sur un vieux
pont branlant qui démultiplie la musique contemporaine de l’engin d’acier. Dans
chaque gare traversée, souvent désertique, se tient le chef de gare en
uniforme, son bâton feu vert-feu rouge à la main, il regarde passer le train au
garde à vous s’assurant qu’aucun wagon ne reste en rade. Cigognes bulgares,
champs bulgares, tulipes bulgares, immeubles, maisons et usines en ruine autour
des gares, églises petites égrainées pour nous rappeler comme en Roumanie (un
peu moins visible peut être que là-bas) et comme dans de multiples endroits,
l’implantation et le poids ou l’obésité de la religion. Le wagon est vide,
grande salle de jeu pour les enfants dans les compartiments couchettes, classes
improvisées, avec compartiments CP, CM2 et 4ème. Les chips au goût
poulet plastique sont grignotées tranquillement, très tranquillement tellement
leur saveur incomparable prend le dessus sur la faim (elles sont pourtant le
déjeuner, le dner et le petit déjeuner…). La nuit nous invite à gagner nos
couchettes-cabannes, le contrôle des passeports à 2 heures nous prie, tous, de
sortir du train à la frontière avec la Turquie. Deux douanières bulgares
massives comme notre locomotive nous réveillent un quart d’heure après pour
contrôler les passeports en allumant la lumière blanche du compartiment,
prolongée par leurs lampes torches aveuglantes pour vérifier que le visage de
nos anges endormis correspondent à ceux des photos oreilles dégagées, sourire
interdit des passeports. Fin de frontière 20 minutes après par les douaniers
turcs qui préfèrent ouvrir quelques sacs pour mieux blanchir encore notre nuit
en toits d’usines. La fin du voyage se termine au petit matin dans les
faubourgs d’Istanbul la Majestueuse en car dans les bouchons de cette ville
envoûtante, carrefour de l’histoire et de la géographie.